Les premières études sur le métabolisme du sucralose² indiquaient qu'il était éliminé par l'organisme sans subir de modifications chimiques, ce qui signifiait qu'il était excrété dans sa forme originale. Cela était rassurant et a contribué à son approbation réglementaire. Cependant, des recherches récentes montrent que cette affirmation n'est plus valide.
- Le métabolisme du sucralose
Le sucralose est peu absorbé dans l'intestin grêle. Il est principalement éliminé du corps humain par les selles, la partie restante étant excrétée dans l'urine. Bien qu'une grande quantité de sucralose soit éliminée sous forme inchangée, des études ont montré la présence de métabolites conjugués glucuronides du sucralose dans les déchets². De plus, des recherches ont révélé des métabolites acétylés du sucralose dans les déchets de rats³. Cela indique que le sucralose subit donc des transformations au sein de notre organisme.
Il est important de souligner que le sucralose peut rester dans la circulation sanguine pendant plus de 18 heures après son ingestion². De plus, des études ont montré que cet édulcorant pouvait traverser le placenta, atteignant ainsi le fœtus chez les femmes enceintes⁴, et qu'il était également présent dans le lait maternel⁵.
Un autre point intéressant concerne la durée de présence du sucralose dans notre organisme. L'étude menée sur des rats, déjà mentionnée précédemment, qui ont consommé du sucralose pendant 40 jours, a révélé que des métabolites acétylés étaient détectables dans l'urine jusqu'à 11 jours après la dernière ingestion. Cette étude a également montré que le sucralose pouvait être présent dans le tissu adipeux des rats jusqu'à deux semaines après la dernière dose.
- Perturbation de la satiété
La littérature offre un éclairage sur l'impact de la consommation de sucralose sur la sensation de satiété. Une étude menée par Wang et al. a examiné les effets à long terme du sucralose sur l'homéostasie énergétique chez les mouches Drosophila melanogaster⁶. Les résultats ont montré que les mouches exposées au sucralose développaient un déséquilibre qui se traduisait par plusieurs conséquences néfastes, notamment une hyperactivité, des troubles du sommeil, une intolérance au glucose et une hyperphagie, c'est-à-dire une augmentation de la prise alimentaire.
Un aspect intéressant de cette étude est que ces effets indésirables étaient réversibles une fois que le sucralose était retiré de l'alimentation des mouches. Cela suggère que l'impact du sucralose sur le comportement alimentaire et la régulation de l'énergie pourrait être temporaire et dépendant de sa présence dans l'alimentation.
L'étude a également montré que la consommation de sucralose peut déclencher une réponse dans le cerveau qui est normalement associée au jeûne. En activant cette réponse, la consommation de sucralose pourrait augmenter la motivation à manger, même en l'absence de véritable besoin énergétique.
- Diminution de la sensibilité à l'insuline
Bien que le sucralose soit souvent considéré comme un édulcorant sans calories et donc sans impact sur le taux de sucre dans le sang, des recherches récentes suggèrent qu'il pourrait en réalité influencer la glycémie.
Une étude réalisée auprès de jeunes adultes en bonne santé, non résistants à l'insuline et ayant un indice de masse corporelle (IMC) normal entre 18,5 et 24,9 kg/m², a révélé que la consommation de sucralose sur une période de dix semaines entraînait une augmentation des concentrations d'insuline et une élévation de la glycémie⁷ par rapport à un groupe témoin ayant reçu de l'eau sous forme de placebo.
Une autre étude est très intéressante. Celle-ci a été réalisée sous la forme d'un essai clinique. Cet essai était ouvert, ce qui signifie que les participants savaient quel traitement ils recevaient. Il était également parallèle et randomisé, ce qui veut dire que les participants ont été répartis au hasard dans différents groupes pour comparer les effets des traitements.
Les personnes qui pouvaient participer à cette étude devaient répondre à certains critères. Tout d'abord, elles devaient être des femmes ou des hommes âgés de 18 à 55 ans. Ensuite, leur indice de masse corporelle (IMC), qui mesure si une personne a un poids santé, devait être normal, c'est-à-dire compris entre 18,5 et 24,9 kg/m². De plus, ces participants devaient avoir une faible consommation habituelle de substituts de sucre, appelés NNS (pour "non-nutritive sweeteners" en anglais), comme le sucralose, l'aspartame ou l'acésulfame K.
Cependant, certaines personnes ne pouvaient pas participer à l'étude. Les critères d'exclusion comprenaient les personnes atteintes de diabète ou de prédiabète, car cela pourrait affecter les résultats de l'étude. De même, ceux qui prenaient des médicaments pouvant influencer la sensibilité à l'insuline, étaient également exclus. Les personnes ayant des maladies gastro-intestinales graves, celles qui étaient enceinte ou qui allaitaient, ainsi que celles ayant des antécédents de chirurgie bariatrique (une opération pour perdre du poids) ne pouvaient pas participer non plus.
Un groupe de participants a ingéré quotidiennement 15 % de la dose journalière admissible (DJA) de sucralose, qui est fixée à 15 mg par kilogramme de poids corporel par jour, selon les recommandations du Comité mixte FAO/OMS d'experts en additifs alimentaires. Cette consommation modérée de sucralose a entraîné une diminution significative de la sensibilité à l'insuline⁸ au sein du groupe d'intervention, en comparaison avec le groupe témoin qui n'a pas été exposé à cette substance.
La sensibilté à l'insuline est un indicateur clé de la santé métabolique, et une diminution de cette sensibilité peut prédisposer les individus à des troubles métaboliques, comme le diabète de type 2. Ces résultats montrent que même des niveaux d'exposition considérés comme sûrs peuvent avoir des effets néfastes sur la régulation de la glycémie.
- Modification du microbiote intestinal
Le microbiote intestinal est un écosystème complexe constitué de micro-organismes, incluant des bactéries, des virus et des champignons, qui cohabitent en harmonie dans notre intestin. Ce peuplement microbien commence à se former à la naissance et évolue au fil du temps, influencé par divers facteurs tels que l'alimentation, l'environnement et la santé générale de l'individu.
À la naissance, le microbiote est relativement stérile, mais il commence rapidement à se coloniser par des micro-organismes provenant principalement de la mère, que ce soit par le biais de l'accouchement vaginal ou de l'allaitement. Ce processus est crucial, car il joue un rôle fondamental dans le développement du système immunitaire et la digestion. Au fur et à mesure que l'enfant grandit, son microbiote se diversifie et s'adapte, réflétant ses habitudes alimentaires et son environnement.
Le microbiote intestinal est essentiel pour de nombreuses fonctions corporelles. Il aide à la dégradation des aliments, à la synthèse de certaines vitamines, et à la protection contre les agents pathogènes. De plus, des recherches ont mis en lumière l'impact du microbiote sur la santé mentale et le bien-être général, suggérant qu'il pourrait influencer des conditions telles que l'anxiété et la dépression.
Le microbiote intestinal est un élément vital de notre santé, dont la composition et la diversité peuvent avoir des répercussions significatives sur notre bien-être physique et mental tout au long de notre vie.
Malheureusement, le sucralose pourrait modifier notre microbiote intestinal.
Une étude montre que le sucralose peut non seulement aider certaines bactéries à survivre aux traitements antimicrobiens, mais aussi augmenter la fréquence des mutations qui rendent ces bactéries encore plus résistantes⁹.
Dans cette étude, des chercheurs ont voulu comprendre comment le sucralose interagit avec les antimicrobiens et influence la résistance d'E.coli. Ils ont mené des expériences en ajoutant différentes quantités de sucralose à des cultures d'une souche E. coli BW25113, puis en les exposant à des antimicrobiens, tels que l'acide oxolinique et la moxifloxacine.
Ils ont découvert que le sucralose semblait aider les bactéries à résister à ces médicaments et qu'il augmentait le taux de mutation des E. coli, ce qui peut conduire à une résistance accrue à d'autres antibiotiques.
Une seconde étude montre une dysbiose intestinale chez les jeunes adultes en bonne santé¹⁰.
Cet essai clinique a montré que la consommation quotidienne de 48 mg de sucralose par jour pendant une période de 10 semaines peut entraîner des modifications dans la composition de la flore intestinale, un phénomène connu sous le nom de dysbiose. Plus précisément, cette étude a observé une augmentation de la population de bactéries appelées Blautia coccoides et une diminution de celle de Lactobacillus acidophilus.

Ces deux populations de bactéries semblent jouer un rôle central dans la régulation du métabolisme du glucose et de l'insuline. Blautia coccoides semble contrer l'homéostasie anormale du glucose et de l'insuline, en produisant du butyrate, un acide gras à chaîne courte, qui contribue au maintien du niveau de glucose dans le sang. Fait intéressant dans cette étude, l'ingestion de sucralose augmente la population de Blautia coccoides mais pourrait diminuer les niveaux de butyrate. Bien que cela soit plausible, il faut encore répondre à cette hypothèse en mesurant les niveaux de butyrate pour déterminer si les changements dans l'abondance intestinale de Blautia coccoides peuvent entraîner des variations de ce métabolite, et par conséquent, une élévation de la réponse glycémique au glucose.
- Risques d'inflammation observés
Des études ont indiqué que le sucralose pourrait provoquer des inflammations.
Dans une étude, des chercheurs ont examiné l'impact du sucralose sur la santé intestinale de souris mâles. Pendant six mois, ces souris ont eu du sucralose ajouté à leur eau de boisson. Les scientifiques ont ensuite comparé la composition de leur microbiote intestinal, c'est-à-dire l'ensemble des bactéries vivant dans leur intestin, ainsi que les métabolites (substances produites par le métabolisme) entre les souris ayant consommé du sucralose et celles qui n'en avaient pas reçu. Les résultats ont montré que la consommation de sucralose modifie la composition du microbiote intestinal et perturbe son développement normal. En particulier, les chercheurs ont observé une augmentation des gènes bactériens liés à l'inflammation, ainsi qu'une altération des métabolites dans les selles¹¹ . Ces changements suggèrent que la consommation de sucralose sur 6 mois à la dose journalière admissible (DJA), pourrait augmenter le risque d'inflammation dans les tissus en perturbant le microbiote intestinal, ce qui est soutenu par une expression génique pro-inflammatoire élevée dans le foie des souris traitées au sucralose.
Une autre étude, cette fois-ci chez l'humain, a analysé le poids à la naissance, les niveaux de glucose et d'insuline dans le sang de 292 nouveaux-nés à terme, dont les mères avaient consommé soit une faible quantité de sucralose (moins de 60 mg par semaine), soit une grande quantité (plus de 36 mg par jour) pendant leur grossesse. Les mères des deux groupes (faible consommation et forte consommation) étaient similaires en termes d'âge, d'indice de masse corporelle avant la grossesse, de pression artérielle et de tolérance au glucose. Bien qu'il n'y ait pas eu de différences dans les niveaux de glucose, les bébés dont les mères avaient consommé beaucoup de sucralose avaient un poids à la naissance et des niveaux d'insuline plus élevés que ceux des bébés dont les mères avaient consommé peu de sucralose. De plus, ces bébés présentaient un pourcentage plus élevé de monocytes inflammatoires, qui sont un type de globules blancs, par rapport aux bébés des mères ayant une faible consommation de sucralose. Enfin, le tissu du cordon ombilical des bébés dont les mères avaient consommé beaucoup de sucralose montrait des niveaux plus élevés de certaines cytokines inflammatoires et des niveaux plus faibles d'une cytokine anti-inflammatoire par rapport aux bébés des mères ayant consommé peu de sucralose. Ces résultats montrent qu'une forte consommation de sucralose pendant la grossesse peut influencer le poids, le métabolisme et l'inflammation chez les nouveaux-nés¹².
- Lésions hépatiques et rénales chez les animaux
Une étude a montré que le sucralose a eu des effets néfastes sur le foie et les reins de souris, tant mâles que femelles¹³. 80 souris (40 mâles et 40 femelles) ont été divisées en groupes par sexe dont :
Groupe I : Le groupe témoin a reçu de l'eau potable sans édulcorants pendant 8 semaines.
Groupe II : Le groupe témoin a reçu de l'eau potable sans édulcorants pendant 16 semaines.
Groupe III : Souris ayant reçu du saccharose (sucre de table) dissous dans l'eau de boisson pendant 8 semaines.
Groupe IV : Souris ayant reçu du saccharose (sucre de table) dissous dans l'eau de boisson pendant 16 semaines.
Groupe V : Souris ayant reçu du sucralose dissous dans l'eau de boisson pendant 8 semaines.
Groupe VI : Souris ayant reçu du sucralose dissous dans l'eau de boisson pendant 16 semaines.
Des dommages importants ont été observés de manière similaire chez les mâles et les femelles, lorsqu'ils ont été exposés au sucralose.
Les groupes témoins (I et II) et ceux qui ont reçu du saccharose (III et IV) ont montré un foie en bonne santé, avec des cellules bien organisées. En revanche, le groupe qui a reçu du sucralose pendant une courte période (groupe V) a présenté des dommages au niveau de l'architecture du foie. De plus, un traitement à long terme avec du sucralose (groupe VI) a révélé des signes de cellules hépatiques en détresse, une inflammation et des zones de saignement dans le foie.
Les groupes témoins (I et II) ont montré des reins normaux sans anomalies. Les groupes III et IV, qui ont reçu du saccharose, ont également présenté des reins sains, sans signes d'hémorragie ou d'inflammation. En revanche, le groupe V et VI, qui ont reçu du sucralose à court et long terme, ont montré des dommages significatifs aux reins avec des glomérules de petite taille, un espace de Bowman élargi, des zones d'hémorragie et une muqueuse épithéliale œdémateuse.
Le saccharose (sucre de table), consommé avec modération, serait-il moins néfaste que le sucralose ?
- Chauffage du sucralose : une menace pour votre santé ?
Le chauffage d'aliments contenant du sucralose, que ce soit dans un contexte industriel ou domestique, peut poser des problèmes. En effet, le sucralose a tendance à se décomposer lorsqu'il est soumis à des températures élevées, même si celles-ci ne sont pas nécessairement extrêmes.
L'utilisation du sucralose pour la cuisson peut présenter des risques pour la santé lorsqu'il est utilisé à 250°C en présence de glycérol, car cela génère des chloropropanols toxiques¹⁴. De plus, à 125°C, la structure du sucralose change, donnant naissance à des hydrocarbures aromatiques polychlorés nocifs¹⁵. Une autre étude montre que le chauffage du sucralose dans des conditions de haute température, en utilisant de l'acier inoxydable, peut provoquer la formation de composés toxiques, notamment des dibenzo-p-dioxines polychlorées et des dibenzofuran, qui sont reconnus cancérigènes¹⁶.
Il est important de souligner que le sucralose ne se limite pas uniquement aux aliments et aux boissons, mais se retrouve également dans divers autres produits, notamment les cigarettes électroniques. Ces dispositifs utilisent des liquides aromatisés, communément appelés e-liquides, qui peuvent contenir du sucralose comme édulcorant. Même des concentrations relativement faibles de sucralose, par exemple 0,05 % en terme de mole, peuvent entraîner une augmentation de la production d'aldéhydes (composés carbonyles) et d'hémiacétals lors de la vaporisation¹⁷. Les aldéhydes sont connus pour être des composés toxiques qui peuvent avoir des effets néfastes sur les voies respiratoires.